• Anne Bourat

Les “Bijoux de Sentiments”

Mis à jour : mars 17

Les “Bijoux de Sentiments”ne sont-ils pas grandement mis à l’honneur pour la fête de la Saint Valentin ? Et cette année 2021 ce sera le dimanche 14 février.



“Les bijoux, précieux ou fantaisie, parlent de nous, comme autant de signes visibles de notre appartenance à un groupe religieux, ethnique, professionnel, politique ou sexuel. Messagers d’amour, symboles de séduction ou de soumission, objets de superstition… Ils disent à leur manière notre identité sociale, si nous sommes mariés, si nous avons hérité, si nous avons un enfant… Mais, au-delà des messages conscients qu’ils délivrent, les bijoux font partie de notre histoire et peuvent révéler notre personnalité inconsciente. Discrets ou ostentatoires, ils expriment nos goûts et notre rapport à la féminité, témoignent de notre histoire familiale ou amoureuse.”


Le bijou porte une forte charge émotionnelle, en dehors des valeurs esthétiques et marchandes. Les sentiments se lisent au travers des bijoux. Moi aimer toi (Mauboussin), ­Attrape-moi si tu m’aimes ­(Chaumet), L’amour en cage ­(Van Cleef & Arpels), Oui (Dior), B in love ­(Baccarat). Les grandes marques de joaillerie et de bijoux vendent avant tout du désir, des déclarations en bague et en boucle.


Bien sûr, aujourd’hui, le sentiment que servent tous les joailliers, c’est l’amour. Souvent de manière très explicite comme ­Cartier et son bracelet Love, né dans les années 1970. Le jonc se visse littéralement au poignet de l‘être aimé. Chez Chaumet, le message de la collection Attrape-moi composée de ­toiles arachnéennes, pièges d’or gris et de diamants. Les motifs, qui apparaissaient déjà sur les boucles de ceinture de la maison à la fin du XVIIIe siècle, se lit au premier degré.


« Quand une femme porte un bijou, elle attire le regard sur une partie de son corps. Le bijou attrape l’autre, la toile est un clin d'œil » Lionel Giraud.

À la mode sous Napoléon, et tombés aux oubliettes depuis deux siècles, les bijoux acrostiches ont refait leur apparition dans les collections de la maison Chaumet depuis février 2004. Se ­servant de l’alphabet des pierres (Améthyste, Morganite, Opale de feu, Uvite et Rhodolite pour dire amour), chacun compose le mes­sage de son choix, de la bague au ­sautoir.



Les bijoux parlent en fait plusieurs langues. Celle des gemmes tout d’abord. Elles ont chacune des qualités (au rubis la passion, au saphir l‘éclat de la lumière ­divine, au diamant l‘éternité) et un mois de l’année qui leur correspond (si vous êtes né en avril, votre pierre est le diamant, en août, l’olivine…). Les motifs aussi transmettent des messages à qui sait les interpréter. Ainsi, « le myosotis, forget me not en anglais, est une fleur romantique, le serpent qui se mord la queue un signe d’amour éternel, l’ancre celui de l’attachement, le ruban et le noeud marquent l’affection, et le chien, la fidélité », énumère Béatrice de Plinval, conservateur du musée et du patrimoine de Chaumet.


Pendant des siècles, bien avant de signifier l’amour, les bijoux ont été les attributs du pouvoir masculin. Des plastrons des guerriers romains aux parures des maharadjahs, de la bague du parrain ou du Pape, aux anneaux du seigneur de Tolkien. Le bijou n’exprime pas que l’amour. Il cristallise aussi ce sentiment de puissance, de pouvoir et de vanité », souligne Jean-Christophe Bedos, président de Boucheron. « Encore aujourd’hui, les hommes aiment offrir des bijoux parce que c’est un signe extérieur de réussite per­sonnelle. ». Et côté femme, hors contexte amoureux, l’achat d’un bijou pour elle-même revient souvent à « s’offrir un moment et un objet de pur plaisir. C’est un geste de totale liberté », ajoute Victoire de ­Castellane, directrice de la création chez Dior Joaillerie.


“Cet entrelacs de traditions ­et de projections personnelles ­fait dire à peu près tout ce que l’on veut à un bijou”. On raconte qu’Edith Piaf aurait eu, par exemple, l’habitude d’offrir aux amants qu’elle quittait une ­montre Boucheron. Que voir dans ces cadeaux de rupture ? Des regrets, une façon de se faire pardonner et donc aimer en­core ?

Mais comment quantifier l’amour, l’admiration, l’amitié, la reconnaissance ? Cette charge émotionnelle qui investit et donc valorise le bijou reste impalpable et varie d’un être à l’autre.


Les Bijoux d’Anne Bourat sont autant de références aux sentiments amoureux, amicaux, la collection “Âme Soeurs” symbolise une relation très complémentaire, un duo, une harmonie retrouvée, une rencontre, un partage.



La collection “Present Perfect”, elle évoque la transmission familiale, l’héritage, les liens transgénérationnels, les relations mariant passé et présent


Historiquement on appelle aussi bijou de sentiment ceux-ci: Le bijou à portrait, que l’on peut qualifier de bijou de sentiment, c’est environ cinq siècles d’histoires. Les premières pièces notables datent de la Renaissance. Ce style de bijou, véritablement popularisé aux XVIIe et XVIIIe, trouvera encore de fidèles adeptes jusqu’au début du XXe siècle. Les Romanov, grands consommateurs de bijoux et d’objets d’art (principalement réalisés par la Maison Fabergé) en feront réaliser de très nombreux exemples. La mort de la famille impériale marque la fin progressive de cette mode. Une autre raison, importante, est l’avènement de la photographie qui remplacera petit à petit, et ce dès la fin du XIXe siècle, les portraits peints et / ou émaillés dans les montures.

Les bijoux dits « de sentiments » où il est possible de voir le portrait de l’amoureux que celui-ci offre à sa promise et inversement. Idem dans le bijou de deuil (très courant au XIXe), où l’on retrouve le portrait de la personne dont on ne veut pas oublier le visage et le souvenir.


Au 19ème siècle y avait une mode en France qui consistait dans le port des bijoux faits avec ou contenant des cheveux d’un être cher. Cela pouvait être les cheveux d’une personne décédée, c'étaient alors des bijoux de deuil, ou les cheveux d'une personne en vie qu’on portait par amour ou pour la sentir plus près. Il est préférable de ce fait de ranger tous les bijoux avec cheveux dans la catégorie de bijoux de sentiment.

On voit souvent de bijoux anciens dits en jais, (une forme très dure de charbon anthracite) mais qui sont presque toujours en verre noir. Ce ne sont pas nécessairement des bijoux de deuil, car il y eut des périodes au 19ème siècle où la mode était aux vêtements et bijoux noirs, comme en France entre 2005 et 2010 (entre 2005 et 2010 une des couleurs les plus populaires de voitures était le noir ! ). Presque toutes les femmes se mariaient en noir au 19ème siècle, la mode des robes blanches est bien plus récente.


La thèse de doctorat de Valérie Goupil porte sur le “Bijou Sentimental en France” entre 1769 et 1839 :

"Dans la première partie, nous retraçons, tout d'abord le contexte de l'apparition de l'adjectif "sentimental" et son évolution ; puis nous définissons son sens, sa notion au XVIIIe siècles, et ses conséquences sur le plan esthétique. Dans la deuxième partie, nous mettons en correspondance et en valeur cette notion avec l'objet et le bijou. Un objet devient "sentimental" dans la mesure où il témoigne d'une séparation provisoire ou définitive, en même temps qu'il tente de la conjurer. Offert, échange, il rappelle par les émotions que sa présence suscite, un être aimé disparu. Cette évocation est d'autant plus intense quand l'objet transforme en bijou, est porté sur soi - ou même sur la peau. Le bijou sentimental permet ainsi de rester physiquement "en contact" avec celle ou celui que l'on désire désespérément conserver près de soi. Il est la marque, la garantie, la matérialisation du lien, de l'existence du sentiment de l'amour ou (et) de l'amitié. Il est le signe d'un paradis qui brille plus par son absence que par sa présence. Dans la troisième partie, nous nous attardons sur "les morceaux", "les fragments", de ces êtres disparus, qui pense-t-on alors, permettent de les rendre "plus présents" encore. L'objet réalisé avec, ou à partir de ces “précieux restes" de l'être cher, permet de resserrer l'écart entre l'original et la copie. Il ne s'agit donc nullement de nier cet écart - imitatif - mais de recréer à l'aide du support qu'est le bijou sentimental, une image sensible de la personne absente. En conclusion, l'homme sentimental menace, confronté douloureusement à l'altérité, à la perte, privilégie le sentiment, langage de l'unité, afin de retrouver cette dernière. La mort même, n'est qu'une séparation momentanée pour celui qui reste, car bientôt il rejoindra l'autre pour une union éternelle.”


Belle Saint-Valentin à tous !



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